Communiqué du Front Juridique Contre Cigéo  relayé par le réseau Sortie du Nucléaire (dont Alsace Nature fait partie)

le 12 mai 2026

 

« Par la voie de notre avocate, 28 organisations et 56 personnes ont déposé hier au tribunal de Nancy, un référé-liberté à l’encontre de l’enquête publique, telle qu’elle est imposée actuellement, sur le dossier d’autorisation de création de Cigéo, la giga poubelle nucléaire souterraine.

Contre cette enquête publique accélérée, nous sommes contraints d’enclencher une procédure d’urgence pour tenter de nous faire entendre.

Cette précipitation injustifiée est même critiquée par quatre institutions républicaines et pas des moindres en la matière : l’OPESCT, l’ ANCCLI, le HCTISN et le CLIS [1] ; ce dernier rappelant entre autres que les communes du périmètre concerné ont été forcées de donner leur avis en décembre alors même que le dossier était incomplet et que beaucoup n’avaient pas eu le temps de prendre connaissance vu l’ampleur des tomes à lire dans le bureau de leur mairie.

Ces collectivités locales, tout comme nos organisations auraient voulu pouvoir contribuer sereinement sur la base d’un dossier digne de ce nom mais, de manière si précipitée, dans un délai aussi court et sans toutes les informations, c’est impossible.

Notre droit à l’information et à l’expression sur les conséquences environnementales, sanitaires, économiques et patrimoniales de ce projet est bafoué ; sacrifié sur l’hôtel du calendrier électoral, par celui-là même qui devrait pourtant garantir le respect de l’État de Droit : l’ancien Préfet Delarue dont les méthodes bellicistes, parfois déloyales, contre l’opposition à Cigéo ne sont plus à démontrer.

L’Andra n’est pas en reste : sentant son projet de plus en plus remis en cause par des scientifiques indépendants, il lui presse de ne plus avoir à demander l’avis à personne et de faire avancer son rouleau-compresseur et ses bulldozers sur les villages, leurs forêts et leurs terres de Meuse et Haute- Marne.

C’est pourquoi, face à cet énième passage en force, nous avons décidé avec nos avocat es de réagir⋅ vite avant le début de l’enquête publique, et de mobiliser le droit pour, au minimum, la repousser et, au mieux, l’empêcher tant que l’Andra n’a pas tenu ses engagements de répondre à des points manquants et cruciaux pour la faisabilité et la sûreté de Cigéo.

Face à la surdité de l’ASNR, face aux fourberies de l’Andra, face à l’aveuglement de certains élus et face au mépris démocratique de l’État lui-même par la voie de l’ancien Préfet, nous faisons appel au droit comme dernier rempart pour défendre notre liberté fondamentale de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé, et de pouvoir participer de manière réelle et effective aux décisions qui vont très fortement et gravement l’impacter pour des centaines de milliers d’années.

À l’heure européenne et des bouleversements climatiques, il est impensable que cette gigantesque exploitation nucléaire, chantier permanent à ciel ouvert pendant plus de 150 ans, ne connaisse aucun déboire qui produirait inévitablement de dangereux rejets toxiques et potentiellement mortels dans les rivières et dans les airs.

Or, on le sait maintenant depuis Tchernobyl et ses 40 ans de catastrophe continue, les nuages comme l’eau ne connaissent pas les frontières et s’entêtent à les traverser malgré les opérations de com’ bien huilées de l’industrie nucléaire et de l’Andra.

Alors, comment expliquer que nos concitoyens et concitoyennes frontaliers, qui auraient aussi à supporter ces risques, ne soient pas consultés et, pire encore, n’aient accès au dossier qu’en ligne et en langue française ? La France nucléaire se croit-elle tout permis, même ignorer ses pays voisins ?

Par cette action juridique, nos 28 organisations et les 56 citoyens et citoyennes demandent donc à la justice d’enjoindre la nouvelle préfète coordinatrice de Cigéo pour la Meuse et la Haute-Marne de reporter l’enquête publique autant que nécessaire pour permettre d’obtenir l’ensemble des informations indispensables au respect de la participation démocratique, juste, équitable et loyale face à un projet qui engagerait nos générations et les centaines suivantes.

Face à de tels enjeux qui nous dépassent, l’éthique, la dignité et la sagesse nous commandent de prendre tout le temps nécessaire afin de ne pas commettre l’irréparable pour des raisons purement électoralistes et non scientifiques. »

Notes

[1Les 4 institutions garantes de la bonne information et participation de l’ensemble des citoyens et citoyennes concernés :

  • OPESCT : Office Parlementaire d’Évaluation des Choix Scientifiques et Technologiques ;
  • ANCCLI : Association Nationale des Comités et Commissions Locales d’Information ;
  • HCTISN :Haut Comité pour la Transparence et l’Information sur la Sécurité Nucléaire ;
  • CLIS : Comité Local d’Information et de Suivi de Bure