Lorsque que l’on évoque le Loup, le débat se concentre fréquemment sur les conflits qu’il suscite : la prédation, les dégâts sur les animaux domestiques, les attaques sur les troupeaux et les difficultés rencontrées par les éleveurs. Cependant, se limiter à cette seule dimension conduit à oublier son rôle essentiel dans le fonctionnement des écosystèmes et dans la préservation de la biodiversité. Cela peut paraître paradoxal, mais en prélevant certains animaux sauvages, le loup contribue en réalité à préserver l’ensemble de l’écosystème. Comme beaucoup de grands prédateurs, il régule les populations et favorise ainsi la diversité des milieux naturels. De ce fait, le retour naturel du loup constitue une chance pour nos milieux naturels.
Notre fédération reconnaît toutefois pleinement les difficultés socio-économiques, humaines et psychologiques que peuvent subir les éleveurs confrontés à la prédation. C’est pourquoi elle défend la mise en place de mesures d’accompagnement efficaces qui permettent de prévenir au mieux les dégâts sur les animaux domestiques et de soutenir les éleveurs concernés.
Dans un écosystème, chaque espèce remplit une fonction. Comme une pierre qui manque à un édifice, l’absence d’une espèce dans un milieu naturel perturbe et fragilise son fonctionnement. Le loup est ainsi considéré par les scientifiques comme une « espèce clé de voûte », c’est-à-dire une espèce dont la présence influence positivement le fonctionnement de tout un écosystème. Son retour contribue à restaurer des équilibres naturels qui avaient été profondément modifiés par sa disparition.
Alsace Nature regrette que certaines prises de positions publiques entretiennent des idées reçues ou utilisent des termes qui ne correspondent pas à la réalité biologique de l’espèce. Il est scientifiquement inexact de parler de « prolifération » pour cette espèce. Au contraire, sa population ne connaît pas de croissance incontrôlée : elle est naturellement limitée par la disponibilité des territoires, des ressources alimentaires et les interactions entre les individus afin de maintenir un équilibre. Il est tout aussi abusif de parler de « meute » lorsqu’il s’agit de deux jeunes mâles en dispersion, c’est-à-dire d’animaux qui ont quitté leur groupe familial à la recherche d’un territoire.
La présence des loups et plus généralement celle des grands carnivores (Loup, Lynx) contribue à stabiliser les populations d’ongulés sauvages (cerfs, chevreuils, sangliers), ce qui est bénéfique pour les forêts. Inversement, certaines pratiques de chasse tendent à maintenir artificiellement des densités élevées de ces « gibiers » afin de répondre aux objectifs de chasse, ce qui se traduit par une forte pression sur la flore et compromet la régénération naturelle des forêts. Lorsque les populations d’ongulés deviennent trop importantes, les jeunes arbres sont fortement broutés, ce qui empêche le renouvellement naturel de la forêt et appauvrit la biodiversité. C’est un phénomène très largement répandu en Alsace et qui couplé à la fragilité des arbres devant le réchauffement climatique et la sécheresse, apparaît comme une catastrophe dans un avenir très proche, pour le milieu forestier.
Complémentaire à la régulation par la chasse, le retour des grands carnivores devrait être perçu comme un allié pour nos forêts. En effet, leur simple présence modifie le comportement des ongulés, qui se déplacent davantage, restent moins longtemps dans les mêmes secteurs et exercent ainsi une pression moins forte sur la végétation. Les loups et les lynx prélèvent également en priorité des individus affaiblis, malades ou vulnérables, contribuant ainsi au bon état sanitaire des populations sauvages.
Loin d’être un problème pour les écosystèmes, le loup et le lynx sont donc des alliés précieux pour des forêts plus résilientes, une biodiversité plus riche et des équilibres naturels retrouvés (gratuitement !).