Par courrier en date du 2 juillet, Alsace Nature a transmis au commissaire enquêteur, sa contribution à l’enquête publique sur le projet de Data Center pour la société Microsoft à Petit-Landau.

Nous avons rappelé que notre association avait, lors de son Assemblée générale du 25 avril avait voté une motion contre ce projet. Les membres réunis en assemblée avaient estimé en effet qe ce projet prévu sur les bords du Grand Canal d’Alsace, était un énième projet insensé et disproportionné, de surcroit imposé sans réel débat démocratique.

Nous avons également évoqué nos mobilisations récentes organisées avec le collectif « IA pas moyen » (conférence de presse, manifestation devant le conseil d’agglomération et discussion avec les élus, réunion publique).

Les principales incidences que nous mettons notamment en avant sont la consommation énergétique surdimensionnée, la consommation outrancière de foncier agricole et son impact sur la recharge de la nappe, les pollutions et nuisances locales et l’aspect éthique du projet.


Ainsi, après analyse du dossier présenté, Alsace Nature a émis un certain nombre de remarques, inquiétudes et demandes.

Voir notre contribution en entier

 

En voici un résumé :

 

  • Nous avons rappelé que le projet d’inscrit dans un contexte d’artificialisation des milieux rhénans depuis de nombreuses années.

Cette urbanisation quasi-continue sur toute la bande rhénane, avec l’intégration de vastes zones naturelles d’intérêt écologique (Réserve de Chasse et de Faune Sauvage, ZNIEFF…), a un fort impact sur les milieux naturels derniers refuges de biodiversité.
Si le projet de Data Center n’est pas directement localisé sur un terrain naturel, il va les affecter notablement et détruire des sols agricoles productifs de manière irréversible. Il va aussi affecter les milieux naturels alentours.

 

  • Ce projet de Data center est un projet imposé, sans réel débat public

Le projet de Data Center « nouvelle génération » du géant américain, dédié au cloud et à l’IA générative, sur une surface d’environ 36 ha a nécessité la mise en compatibilité du PLU de Petit-Landau, imposant ainsi ce projet à la population et au territoire.
La concertation publique et les 2 réunions publiques organisées de façon relativement discrète ont cependant suscité de l’intérêt et des inquiétudes parmi la population du secteur.

Cette inquiétude dépasse le seul projet de Data Center, mais questionne également le développement de l’IA générative et ses impacts sociaux, éthiques et environnementaux.
Alsace Nature a contribué à cette concertation publique en soulignant l’opacité des informations fournies et en faisant part de ses fortes inquiétudes quant aux pollutions, consommations électriques, privatisation du foncier, destruction de terres agricoles, prélèvement en eau, etc.

Ces inquiétudes n’ont pas été prises en considération par la M2A, qui a voté un avis favorable au projet le 22 juin 2026, estimant que cela relevait de « questionnements philosophiques » ou de « positions d’opposition de principe ».

Ce n’est évidemment pas un sujet « philosophique » mais bien un réel sujet de société, au même titre que les OGM, le nucléaire, les polluants éternels ou le transhumanisme… Les citoyens sont tout à fait fondés à s’exprimer sur ce sujet et à demander un moratoire.

On ne peut pas dissocier le data center, qui n’est qu’un outil, du modèle socio-technique qu’il rend possible. D’autant que ce modèle, aux implications sociales et environnementales bien réelles, est imposé au nom de l’idéologie du progrès technique et de la croissance infinis, sans que ces enjeux puissent ne jamais être mis en débat.

Cet avis des élus de la M2A est incompréhensible pour nous.
> Nous demandons l’arrêt immédiat des procédures administratives en cours et, à l’instar d’autres collectifs comme le « Nuage était sous nos pieds  » à Marseille et France Nature Environnement en Ile de France, la tenue d’un moratoire sur les projets de Data Center au niveau national. Il est indispensable de définir démocratiquement les objectifs et priorités en matière de production de consommation et de répartition des usages de l’énergie, surtout dans le contexte de la canicule que nous vivons actuellement et dans la trajectoire du changement climatique qui va affecter durement la région dans les années à venir.

 

  • Nos remarques concernant l’énergie

L’association Alsace Nature s’inscrit dans la vision d’une Alsace 100% énergies renouvelables, seule compatible avec le respect des limites planétaires. Cette démarche qui implique une réduction structurelle des consommations d’énergie est basée sur la sobriété, l’efficacité et le déploiement des énergies renouvelables.

Nous rappelons que ce projet de data center hyperscale Microsoft qui sera dédié à l’IA générative (IAg) et conversationnelle, qui sont non prioritaires au regard des besoins essentiels.

Dans notre contribution nous avons dénoncé notamment :
– cette consommation effrénée d’énergie électrique (et de fioul) pour des usages non essentiels.
– l’accaparement par Microsoft de l’énergie hydroélectrique du Rhin produite par la centrale hydroélectrique d’Ottmarsheim pour verdir son image à l’international.
– une consommation d’électricité démesurée qui représente 91 % de la consommation électrique annuelle du secteur résidentiel du Haut-Rhin (sources Atmo Grand Est) et l’équivalent de la production d’énergie photovoltaïque du Grand Est.
– une dépendance aussi à l’énergie nucléaire et à sa relance, choix qui rend la France dépendante du Kazakhstan, du Nigeret de l’Ouzbékistan pour la fourniture d’uranium et de la Russie pour l’enrichissement de l’uranium.
– l’absence de vision précise du fonctionnement de ce type d’installation dans le contexte de réchauffement climatique (besoins en eau et en énergie supplémentaires …)
– la nécessité de créer de nouvelles infrastructures pour le raccordement au réseau RTE (1 nouveau poste RTE 400kV/225kV, 2 nouvelles lignes 225 kV, 4 transformateurs 225 kV/33 kV) et leur impact sur l’environnement et la santé des habitants
– Une consommation de gasoil minimisée alors que pour garantir la continuité de service, 111 groupes électrogènes de secours fonctionnant au gasoil, d’une puissance thermique totale de 900 MW sont prévus sur le site.
– des risques de tensions et de coupure sur le réseau
– les risques d’incendies
– des dangers liés au stockage de GNR (gaz non routier) nécessitant un classement SEVESO seuil bas.
– un système de refroidissement énergivore, générant de la chaleur, polluant et bruyant
– la Valorisation de la chaleur fatale écartée : l’hypothétique valorisation de la chaleur fatale côté allemand via la construction d’une passerelle sur le Rhin ne répond aucunement à la règlementation. Elle fait peser les impacts d’ilot de chaleur et autres nuisances côté français sans que les « bénéfices » (chaleur fatale) ne soient redistribués localement. Microsoft s’accapare l’énergie « verte » produite en Alsace pour le profit de l’ Allemagne.
– une pression énergétique locale avec un effet de concentration

 

  • Concernant le système de refroidissement et la pollution chimique,

Les produits utilisés pour le système de refroidissement contiennent des glycols qui émettent des polluants éternels (PFAS). Le retour d’expérience sur d’autres sites montre que ces produits contaminent l’environnement. Le data center contribuera donc à augmenter la pollution de l’air et de l’eau, alors que ces contaminants sont déjà largement présents dans l’eau de la nappe.
D’autre part, d’autres sites font état de réajustement régulier du niveau en eau du système de refroidissement du fait de l’évaporation.
Quelle sera par conséquent la consommation réelle en eau du data center ?

 

  • Sur les milieux naturels et la biodiversité

Nous avons également dénoncé :
– une nouvelle fragmentation des réseaux écologiques
– les impacts de la chaleur sur la forêt voisine (déjà fragilisée par le réchauffement climatique) et sur les espèces qui vivent à proximité de l’installation
– une surmortalité de la faune et une altération de la flore due aux panneaux acoustiques
– des dérangements de la faune liés au bruit et à l’éclairage

 

  • Sur la question du foncier

Les terrains du SMO sont prévus à la vente pour le compte de Microsoft, sans que ne soient précisés les retombées financières de cette vente pour la collectivité. Ce manque de transparence interroge, d’autant plus qu’il reste un flou sur le nombre de bâtiments qui seront finalement construits : 1 ? 3 ? si la totalité des 36 ha sont vendus à Microsoft et qu’un seul bâtiment est réalisé, la collectivité aura bradé son foncier (production agricole) avec des « retombées financières », déjà insignifiantes (taxe foncière et professionnelle) qui seront divisées par 3.
Nous constatons également que la vente des terrains, pour une surface aussi importante, est bien moins favorable à la collectivité que la mise en œuvre du dispositif d’amodiation, qui nous parait plus pertinent.

 

  • Urbanisme et PLU

Analyse de la Déclaration de projet et de la mise en compatibilité du PLU (DPMeC-PLU) : La zone AU de 36 ha n’est actuellement pas urbanisable en l’état pour cause de caducité. Pour faire évoluer le PLU, m2A a engagé une procédure de DPMeC en 2024, associée à une concertation préalable à laquelle Alsace Nature avait déjà participé en affirmant clairement son opposition à
– Une mise en compatibilité du PLU opportuniste
– un règlement Graphique non adapté
La procédure de Déclaration de Projet ne porte que sur le seul foncier afférent au projet Microsoft. Nous estimons que les zones non sollicitées devraient être reclassées en A pour préserver les terres agricoles, voire pour mettre en œuvre les mesures compensatoires prévues.
 – un Règlement Écrit trop flou et pour le respect duquel Microsoft n’apporte pas d’informations suffisantes sur de nombreux points (eau, énergie, chaleur fatale, etc …)
– des orientations d’aménagement (OAP) de la zone UE trop maigres par rapport aux incidences environnementales et paysagères imposantes que va générer le projet.
– Un raccordement aux lignes HT non-compatible au PLU en vigueur

 

  • Concernant la Compatibilité au SCOT

Le pétitionnaire affirme que son projet est compatible avec le SCoT de M2A (1c, p.346), puisque celui identifie une zone de développement économique à vocation industrielle ou artisanale sur la bordure du Grand Canal d’Alsace.
Rappelons en premier lieu qu’un data center n’est pas une activité « industrielle » à proprement parler, puisqu’il ne produit pas de produits manufacturés, mais s’apparente davantage à un « service » de stockage de données.

Le SCoT de la Région Mulhousienne (2019) a identifié le site de Petit-Landau sur la bande-rhénane, entre la RD52 et le Grand Canal d’Alsace, comme « l’un des derniers grands sites d’extension à vocation d’activité sur l’agglomération ».
Le projet de data center ne répond aucunement aux objectifs de production affichés dans le SCOT et reste donc incompatible aux objectifs de celui-ci, notamment pour ce qui concerne  le renforcement du réseau ferroviaire, et la mutualisation des réseaux de chaleur et de froid pour permettre des économies d’énergie.

Enfin, Alsace Nature avait déjà dénoncé la suppression de corridors écologiques dans le secteur.  Avec l’urbanisation de la zone AUe de Petit-Landau, c’est désormais toute la bande rhénane, sur plus de 10 km qui devient inaccessible à la faune, aucune connexion Hardt/8hin n’étant plus possible entre Petit-Landau et Bantzenheim.

 

  • Impacts sur le cadre de vie des habitants

Les habitants de la bande rhénane seront les premiers impactés, à subir les conséquences des nuisances, risques et pollutions du projet, avec notamment :
– Une pollution sonore importante 24h/24h, 7j/7 et 365/an
– Des pollutions chimiques (eau, air, sols)
– une diminution de la nappe et par conséquent de la quantité et de la qualité de l’eau.
– Une pollution lumineuse
– une augmentation de la température locale de jour comme de nuit
– Des incidences prévisibles sur la stabilité de l’électricité.
– Il y a également des risques concernant la disponibilité du flux de la fibre pour les habitants, institutions, entreprises, etc.
– Une modification importante du paysage au bord du Rhin et des nuisances sur les espaces de loisirs (sentier de randonnées le long du canal d’Alsace…)
– Une baisse de la valeur immobilière
– Les risques et nuisances toucheront également les communes situées outre-Rhin côté allemand.

 

  • Sur les aspects économiques

Outre le fait que le projet va générer peu d’emplois, voire engendrer des pertes d’emplois avec l’IA générative, Nous n’avons aucune estimation détaillée des éventuelles retombées économiques sur le territoire.

Ainsi, les projets tels que celui de Microsoft, disposent de nombreux avantages fiscaux, et même de financements régionaux, voire locaux pour leur implantation.
Microsoft reste une entreprise américaine soumise au Cloud Act, cette loi qui permet à Washington de réclamer l’accès aux données stockées par ses entreprises, y compris à l’étranger, et aucune règlementation européenne permet réellement de protéger ces données. Au contraire, il semble plutôt que l’UE cherche à faciliter l’exploitation des données.

  • Quid de l’intérêt général du projet ?

Alsace Nature et les structures du collectif « IA pas moyen » contestent l’intérêt général d’un tel projet.

– « La souveraineté numérique notamment en passant par le « Choose France » » : un data center porté par Microsoft sous la bannière américaine et soumis au Cloud Act ne permet en rien la souveraineté numérique nationale. Pour cela, il faudrait préférer la construction d’un centre de données porté par une entreprise française et répondant à une règlementation nationale cadrée.

– « La création d’emplois directs (200 emplois) et indirects » . Ce chiffre est annoncé, et a été revu plusieurs fois à la baisse. Le dossier n’explique pas concrètement comment seront répartis ces emplois, ni de quelle nature ils seront.

– Le projet présenté ne répond à aucune demande spécifique du territoire et ne s’ancre aucunement dans le maillage de  » l’environnement » industriel existant.

 

  • Enjeux sociétaux, éthiques et démocratiques –

– Ce projet est déconnecté des besoins du territoire
– C’est un projet socialement inacceptable, qui ne tient pas compte des emplois qui seront supprimés avec le déploiement de l’IA générative, et qui fait déjà des dégâts dans de nombreux secteurs d’activités, touchant des emplois qualifiés Et des emplois nécessaires à la démocratie (journalisme).
– Ce data center est associé à l’IA générative, particulièrement consommatrice d’énergie et de données, les données des habitants, entreprises, institutions, secteurs de santé, banques, assurances, etc.,
– Ce projet repose sur le mensonge de la souveraineté numérique et la soumission au géant américain)
– Ce projet contribuera à la privatisation sournoise de l’éducation et de la recherche (Campus IA) au profit des GAFAM
– Il entrainera une fuite en avant de l’IA générative, sans encadrement des incidences sur les citoyens telles que l’utilisation par Microsoft de nos données de santé pour in fine développer des produits commerciaux (assurances,
 complémentaires santé et retraites…) susceptibles de mettre à mal notre système de sécurité sociale et nos retraites, ainsi que les risques de surveillance et de contrôle des populations (reconnaissance faciale, etc.)
– Ce type de projet a également un impact sur l’extraction coloniale des minerais et métaux rares
– il contribuerait aussi aux dérives liées aux « travailleurs du clic », ces centaines de millions de personnes des 4 coins du globe, qui entraînent des modèles de vérification du fonctionnement correct des solutions d’intelligence artificielle et qui sont mal payées, exposées à des contenus problématiques et violents.
– Dans l’étude d’impacts du projet Microsoft, la quantité de déchets électroniques, électriques et batteries est estimée à 1 200 t /an, ce qui représente un volume particulièrement élevé, sans que ne soit clairement décrit le devenir de ces déchets sur la durée de vie du Data Center.

 

SYNTHÈSE ET CONCLUSION
La fédération Alsace Nature, et les associations du collectif « IA pas moyen ! » affirment leur opposition à ce projet.
Les contraintes de ce projet sont bien supérieures aux quelques hypothétiques bénéfices attendus sur le territoire.

Ce projet ne tient absolument pas compte du changement climatique et des enjeux vitaux auxquels nous allons être confrontés demain. Les départements alsaciens figurent parmi les plus artificialises de France. Il est temps
de prendre en main les défis qui nous attendent. Il est irresponsable de sacrifier nos terres et les zones naturelles proches du site pour enrichir une entreprise états-unienne dont l’objectif est plus d’asservir l’Europe que de lui
transmettre des compétences.

Concernant le numérique, il serait bien plus judicieux de privilégier les entreprises européennes dont un objectif de souveraineté de l’Europe, que de continuer l’assujettissement aux GAFAM.

Nous demandons l’arrêt de la procédure administrative en cours et la tenue d’un moratoire démocratique et surtout un débat public ou une convention citoyenne où tous les acteurs de notre société pourraient s’exprimer sur la destinée et les pratiques liées à l’intelligence artificielle et les data centers.

 

Voir notre contribution en entier