La soirée du 17 février a été organisée par plusieurs membres des associations MIRA, à livre ouvert / wie eine offenes Buch, Alsace Nature ainsi que Daniel Coche, Simone Fluhr (réalisateur.ices) et Elisabeth Schulthess (autrice du la biographie de Solange Fernex) autour de deux temps de convivialité et d’échanges.

 

Un premier temps organisé par le Groupe Jeune d’Alsace Nature à la Brasserie de l’Aeden Place a permis à la quarantaine de participants de se retrouver et d’échanger au travers d’une rencontre intergénérationnelle.

Ce temps avait pour but d’ouvrir un espace de dialogue entre les différentes générations, les participants avaient entre 20 et 80 ans et ont pu partager leurs expériences de militantisme et d’engagement pour la protection de l’environnement, l’occasion de dresser un bilan sur les changements et continuités dans la lutte pour la sauvegarde de l’environnement. 4 thèmes étaient répartis dans l’espace de discussion pour servir de supports aux échanges :

Espace et territoires

La manière dont nous avons grandi et investi nos lieux de vie influence grandement notre perception des enjeux aux différentes échelles (locales, internationales etc.) et le choix entre lutter et investir son espace et le quitter, même si la lutte à l’échelle globale et entre tous les espaces demeure essentielle. Un constat général reste partagé, les décisions politiques qui structurent les modifications des espaces restent centralisées, au même titre qu’à l’accès à l’information. La question de l’isolement entre les différents territoires est aussi accentuée, en particulier depuis le Covid et un sentiment de décalage semble s’être renforcé entre les espaces ruraux et urbains. Malgré les changements de contextes, la mise en place des actions en faveur de la défense de l’environnement semble avoir assez peu changée.

Relations sociales

L’inscription des relations interpersonnelles au sein de la lutte pour la défense de l’environnement a beaucoup changé entre les premières actions au début des années 70 et aujourd’hui. La circulation des informations et la communication passait essentiellement par le bouche à oreille et on s’engageait pour une cause parce qu’on connaissait les personnes concernées, maintenant l’information circule tout le temps et partout. A tel point que cette tempête informationnelle peut créer une vraie paralysie, choisir sa cause parmi toutes celles auxquelles on est confronté signifie devoir renoncer à d’autres. Malgré tout, la modalité et la décision d’engagement passe encore par les relations interpersonnelles et les liens créés avec les personnes qui nous entourent. Les relations avec les institutions, d’abord inexistantes jusque dans les années 90 se sont améliorées et élargies jusqu’à 2015 où un tournant anti-écologie a commencé à émerger au sein des institutions et du gouvernement pour finir par atteindre la situation actuelle où le discourt politique et médiatique général est devenu très défavorable.

Répression des luttes

Le mot d’ordre principal des luttes écologistes a toujours eu un fond pacifiste et rassembleur mais même ainsi la répression s’est toujours faites sentir, à des degrés différents cependant. Dans les années 70/80 dans la région, les actions pouvaient être plus radicales, les moyens de répression étaient encore assez désordonnés mais pouvaient aussi user de la violence (comme sur le site de projet de centrale nucléaire à Wyhl en Allemagne). Le contexte a énormément changé depuis, en particulier après la mort de Rémi Fraisse en 2014. La mainmise des milliardaires sur l’ensemble des médias et leurs intérêts contraires à la défense de l’environnement ont généré un glissement du discours dominant vis-à-vis des militants écologistes et créer une chambre d’écho des discours réactionnaires. La répression des militants est aujourd’hui beaucoup plus violente et organisée, en témoigne le fichage des participants aux actions de terrain et l’usage du terme « d’éco-terroriste » accentué par une surveillance de masse en lien avec les compagnies de la Tech. Le sentiment partagé est qu’il est presque devenu impossible de s’engager dans des actions concrètes et d’ampleur sans subir une violence disproportionnée et en dehors de toute légitimité. Entre Fessenheim et Sainte-Soline le cadrage n’est plus le même.

Technologies et accès à l’information

Le principal constat tourne autour de l’évolution des moyens de communication et d’information. Les nouveaux canaux d’information ont permis de décentraliser le cadrage de l’information jusqu’alors cadenassé par les médias classiques (même si la presse indépendante a toujours existé). Aujourd’hui il est plus simple de porter un discours alternatif à l’aide de son téléphone pour filmer et documenter des faits mais cela reste encore trop marginal dans le champ médiatique et se retrouve souvent noyé dans la masse d’informations. Pour les militants écologistes les plus âgés, les mobilisations passaient avant tout par le bouche-à-oreille ou des moyens de diffusion artisanaux comme « Radio verte Fessenheim » et l’usage des nouveaux modes de communication reste assez peu adopté par les anciennes générations.

A l’issue des échanges, un petit temps de mise en commun des idées entre ce qui nous rassemble et ce qui a changé est venu conclure le temps au bar avant la projection.

Ce qui rassemble :

  • Proposer une voix alternative au discours dominants (médias, politiques, documentaires, ressources)
  • La question de la guerre
  • La nécessité de lutter
  • Importance des relations interpersonnelles dans l’engagement
  • Apporter de la connaissance sur le sujet
  • Le constat collectif de ce qui ne va pas
  • Trouver des modes d’actions concrets après avoir fait des constats

L’ensemble des participants à ce temps d’échange ont pu trouver plusieurs points qui les rassemblent dans la lutte pour la défense de l’environnement et perdurent entre les générations, en particulier la volonté de proposer une voix alternative aux discours dominants relayés dans les grands médias et les sphères politiques et de créer et diffuser des ressources et des connaissances sur les sujets environnementaux. La nécessité de lutter naît souvent d’une indignation face à la destruction et l’injustice, la sensibilité à ces causes n’a pas changé, de même que l’importance des liens interpersonnels au sein des mouvements militants. La volonté d’un mouvement écologiste pacifiste engagé contre la guerre et l’impérialisme reste aussi un point central.

Ce qui a changé :

  • Discerner le vrai du faux
  • L’encrage local
  • La marge de manœuvre
  • Le backlash écolo
  • Précarité
  • Bulles informationnelles
  • Intersectionnalité des luttes
  • Cadrage médiatique
  • Respect entre générations

Entre les premiers temps des mouvements en faveur de l’écologie et les luttes actuelles un certain nombre de points ont évolués et peuvent créer de la distance entre les militants de générations différentes. Le rapport aux territoires et la temporalité s’est transformé, les déplacements beaucoup plus fréquents d’une région à une autre ont transformé l’ancrage territorial et le rapport aux luttes locales, phénomène accentué par le flux informationnel constant à tous les échelons (International, local, pétitions, etc.) qui rend difficile la visibilité des luttes de plus petite échelle. Dans le flux informationnel il est aussi plus difficile aux anciennes générations de discerner la pertinence des contenus auxquels ils font face, l’investissement au sein des plateformes d’information et de communication couplée aux bulles algorithmiques renforce encore cet effet et peut venir créer des dissensions. Le contexte politique, médiatique et économique a également transformer le rapport à la militance, la marge de manœuvre pour lutter est bien plus restreinte, d’une part via l’hostilité médiatique et politique générale et d’autre part en raison de la précarisation des plus jeunes générations. La question de l’intersectionnalité est venue aussi secouer les luttes écologistes jusque-là souvent déconnectées des luttes féministes, dé-coloniales, antiracistes et anticapitalistes.

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La projection du film « la petite étincelle » était précédée d’un court métrage de l’association MIRA réalisé avec des images d’archive.

Malheureusement l’événement a été victime de son succès, et malgré les 130 places de la salle du Cinéma Star, une trentaine de personnes n’ont pas pu visionner la projection. La fin du film a été l’occasion d’échanges sur la mémoire, les luttes écologistes et la transmission. Le fils de Solange Fernex ainsi que sa petite fille étaient aussi présents pour le moment d’échange.

Suite à ces moments d’échange et malgré l’heure tardive une trentaine de participants sont restés groupés pour poursuivre les discussions devant le cinéma et par la suite dans un bar à proximité.