Malgré l’opposition de 80% des participants à l’enquête publique, le commissaire chargé de l’enquête publique sur le projet d’implantation d’un data center à Petit-Landau (Haut-Rhin) a donné un avis favorable. 

 

Le commissaire enquêteur a justifié son avis par le fait que « les inconvénients majeurs pointés dans le dossier initial ont été éclaircis ou corrigés par Microsoft. » Selon lui, ce projet répond « aux besoins numériques de plus en plus importants de l’ensemble de la population et du monde professionnel ».

Pour rappel, ce projet de data center est prévu sur un terrain de 35 hectares, impactant des terres agricoles (dont une partie cultivées en bio).  Gigantesque, il est chiffré à deux milliards d’euros et sa construction est prévue pour 2029 dans le Haut-Rhin, près de Mulhouse. 

Selon le dossier d’enquête publique, la consommation d’électricité est estimée à plus de 1300 gigawattheures par an, soit l’équivalent de 80 % de la consommation annuelle électrique résidentielle de tout le Haut-Rhin, ou encore 100 % de la production solaire du Grand Est !
Et si le data center ne sera pas connecté à la nappe phréatique d’Alsace, il consommera tout de même, chaque année, 5 000 mètres cubes d’eau issus du réseau d’eau potable. « Aucun prélèvement d’eau en milieu naturel ne sera effectué, l’eau proviendra du réseau local et le système fonctionnera en circuit fermé », avait assuré l’agglomération de Mulhouse en juin dernier. MAIS quelle consommation réelle en eau du site ? Quel traitement des pollutions, notamment par les PFAS, les glycols ? Quelles conséquences pour le Rhin en cas d’incendie ?

 

Un avis favorable du commissaire enquêteur assorti d’une réserve et de trois recommandations

 

Concernant les trois volets de l’enquête publique :

▶  sur la demande d’autorisation environnementale :

le commissaire a émis un avis favorable, avec une réserve : « Mettre en œuvre les engagements pris […] au niveau de la pollution sonore » et une recommandation : « Mettre en œuvre la valorisation de la chaleur fatale dans le cadre d’un projet avec des acteurs de la zone proche du site du projet ».

▶  sur la mise en compatibilité du plan local d’urbanisme de Petit-Landau :

il a donné un avis favorable, avec deux recommandations. « En cas de concrétisation du projet, M2A [Mulhouse Alsace agglomération] devrait accompagner dans leurs démarches les communes proches dont les habitants auraient des nuisances éventuelles non conformes aux engagements pris par Microsoft. » Et : « Il convient de rester attentif aux mesures d’organisation prévues afin de limiter les nuisances associées aux circulations de chantier. Les poids lourds devront obligatoirement emprunter des itinéraires qui éviteront la traversée des villages. »

▶  sur les demandes de permis de construire déposés à Petit-Landau et Hombourg : avis favorable, sans réserve ni recommandation.

 

Les opposants au projet restent mobilisés

 

Alsace Nature avait déjà signalé sa forte désapprobation, dénonçant « un projet incompatible avec les objectifs de sobriété énergétique, aux conséquences fortes sur l’environnement et la santé humaine ».

Outre des militants, de nombreux habitants du secteur ont participé à l’enquête publique. En donnant un avis favorable au projet, le commissaire enquêteur a balayé les nombreux arguments avancés par la grande majorité (80%) des 650 contributeurs. De nombreuses interrogations subsistent concernant la consommation d’électricité, la consommation en eau, sur le foncier agricole et le bruit que ces installations peuvent entrainer.

Même si le commissaire a émis une réserve concernant le bruit, en préconisant une étude acoustique dans les trois mois suivant la mise en service et des « mesures correctrices » en cas de dépassement des seuils, rien de garantit l’absence future de nuisances pour les riverains.

Le commissaire enquêteur estime que « les avis favorables d’entreprises connues dans le domaine du BTP, de représentants de la Fédération française du bâtiment et de chefs d’entreprise membres de la CCI Alsace sont très importants car ils témoignent de l’attente des professionnels ». Comme le souligne la journaliste Cécile Fellmann dans son article des DNA le 24/08/2026, le poids des avis des entreprises a pesé lourd dans la balance : « Le poids de cinq organisations professionnelles et huit entreprises face à 14 associations et 636 particuliers« .

Le collectif « IA pas moyen » et les opposants au projet ne baissent pas les bras et prévoient de nouvelles mobilisations dans les semaines qui suivent, en attendant la décision définitive du préfet.

 

Dans son article sur le sujet L’Alterpresse 68 résume ainsi la situation :

« Ce que Petit-Landau a mis en lumière, c’est une ligne de fracture qui traverse toute l’Europe : d’un côté une croissance numérique qui ne se fixe aucune limite et considère l’énergie comme un facteur de production parmi d’autres, de l’autre des territoires qui découvrent, en calculant, qu’ils n’ont pas assez d’électricité, d’eau et de terres pour tout le monde.

Il y a urgence à dire, collectivement, ce que l’on veut produire, pour qui et pour quoi, avant que l’on présente, une fois de plus, l’irréversible comme une évidence économique. »

 

L’avis du Préfet annoncé pour le mois d’octobre

 

C’est le préfet du Haut-Rhin qui aura le dernier mot : il devrait se prononcer en octobre pour autoriser ou non le projet de data center à Petit-Landau

 

 

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