Je vous l’avait annoncé le mois dernier, l’écho de ce mois est consacré au lérot.

Celui que l’on appelle couramment le rat bayard, le rabaillet, le rat dormeur, le rat des vergers, le rat fruitier, le loir des greniers, la souris des chênes fait parti des cinq hibernants que nous hébergeons à notre altitude.

Blaireau, Muscardin, Loir, Lérot, Chiroptère sont les 4 autres.

Le forestier lérot, blanc-gris-café-au-lait, est facilement reconnaissable : sa queue se termine par un pinceau bicolore et il ne sort jamais sans son bandeau de fantômette sur la tête. On prête à cet agile animal la capacité de courir à la verticale le long des murs. Plus montagnard que ses cousins, loirs et muscardins, il affectionne le bon vieux plancher des vaches et sera rarement vu en train de jouer à Tarzan dans les cimes des arbres.

Mesurant près de 20 à 30 centimètre queue comprise pour un poids oscillant entre 60 gr au printemps jusqu’à des records de 200 gr avant l’hiver, c’est un adorable rongeur. Comme vous le dirait très certainement mon tonton Breton : «On lui donnerait le bon dieu sans confessions ! »

Un grand dormeur devant l’éternel !

Le lérot, comme tout bon gliridé qui se respecte, dort le jour vit plutôt la nuit. Cet « Alexandre le bienheureux » passe, figurez vous, jusqu’à plus de la moitié de l’année au lit.

Il pousse le vice à hiberner parfois en plein été !

Moins de 12° Celsius vous l’enverra illico presto au dodo.

Son rythme cardiaque passe, quand il dort ainsi, de 300 pulsations à 2 battements minutes. Vertigineusement sa température corporelle quand à elle chute à 5°Celsius !

Si ça c’est pas de l’économie d’énergie !

Le long sommeil de ce fainéant sera ponctué de courts réveils, c’est une question de survie, l’on ne peux sommeiller six mois impunément en continu sans se détériorer. Contre le pourrissement des cellules par manque d’oxygénation, rien ne vaut un peu d’action ! Si vous localisez ce ronfleur pendant sa léthargie ne soyez pas surpris de ne point le voir réagir à votre présence : monsieur dort à poings fermés comme déconnecté. Il lui faudra parfois plusieurs minutes pour se « réactiver », autant pour se « ré-endormir” !

Accessoirement durant ces « insomnies » répétitives il grignotera un peu, il fera fonctionner ses voies urinaires, se dégorgera les sphincters.

Dans quatre mois, en mars, après un bon toilettage printanier et quelques séances de prise de poids on l’entendra sonner la charge de la reproduction de l’espèce. Le lérot est bruyant ! Il grince, chuinte, claque des dents, caquète, siffle, murmure et ses cris sont perçants ! Lorsqu’il court dans les greniers on le dirait de bottes chaussé !

Les jeunes « garden dormouse » comme les appellent nos voisins outre-manche sont précoces, adultes à la 10ème semaine, ils ont l’aptitude requise pour gonfler la densité de leur territoire dès le quatrième mois ! Damoiseau et damoiselle courtisent très jeune !

Compter une à deux portées par an selon votre localisation, 2 à 7 petits par « livraison » dès le début de l’été prochain !

(En Alsace ce sont les cigognes qui acheminent les paquets, c’est bien connu !)

Le lérot peut se confectionner un cercle de mousses et d’herbes pour nid d’été.

Sachez toutefois qu’il squatte plus facilement qu’il ne construit et toute cavité fera l’affaire : arbre creux, tas de bois, cabane de jardin, boite aux lettres, nichoir à oiseaux, vieux murs…

Au refuge, l’endroit le plus insolite où j’ai trouvé l’un de ces joyeux drilles était une bassine stockée sous abris au jardin. Ce farceur dormait entre deux replis de couvertures sur lesquels notre chat papoose avait lui même ses habitudes !

Il est mignon, il est charmant, mais attention, c’est un brigand !

Notre ami fait parti de ces rongeurs qui possèdent, outre les incisives des grignoteurs, les dents pointues d’un carnivore ! Contrairement au Muscardin, plus poète, qui privilégie les fleurs, les bourgeons, les fruits et les baies, le lérot gnaque volontiers dans la barbaque de dame musaraigne !

Grenouilles, oiseaux, escargots, insectes, souris figureront massivement sur la liste des besoins établie par son coach en diététique ! La matière carnée qu’il se met sous ses 20 dents représenterait jusqu’à 80% de son nécessaire alimentaire ! On le dit même carrément cannibale lorsqu’il s’agit de se débarrasser de la dépouille d’un rival !

Dans la chaîne des je te mange – tu me manges notre ami sera lui même apprécié par les chats, les fouines, les effraies et les hulottes.

Un lérot farci à la groseille ? Hum ! Un régal ! « Le pt’it Jésus en culotte de velours !» vous dicterait là encore mon bretonnant tonton s’il était un chat-huant !

Contrairement à son cousin le muscardin, elyomis quercinus aime cohabiter avec les petits fillots d’Adam.

L’habitat de l’être humain est, pour lui, une bénédiction du bon Dieu tant que n’est pas passé par là l’épouvantable pourvoyeur de mort à rat.

Si vous avez autour de chez vous 2, 3 hectares de disponibles, excellent, c’est pile poil ce qu’il lui faut !

Outre les sous toitures, véritable paradis de la literie, greniers et buffet, recèlent de trésors ! On y trouve à manger, à sucer, à croquer, des pommes par ci, des poires par là, des confitures, des céréales et des biscuits !

Le top des top c’est la chocolaterie, la confiserie, la pâtisserie de renom !

Une fois qu’il s’y est installé, difficile, croyez moi, de l’en déloger !

Saches le, cher ami touriste, nous sommes bien achalandé dans la vallée !

Entre Grimmer le chocolatier de Wintzenheim et Willy le patissier de Munster, nul ne saurait ignorer l’incontournable Marie qui sévit à Turckheim et Whir au val pour le plus grand bonheur de nos papilles !

Ah ! Ces lieux évocateurs ne font pas rêver que les lérots j’en fais le pari !

Tenez, j’en ai moi même le cœur tout chaviré !

Notez qu’en hibernant d’Octobre à Avril, les lérots loupent un tas de friandises que nous concoctent ces maestros du cacao et du rouleau à patisser entre Novembre à Pâques !

Enfin, ne nous égarons pas revenons au lérot…

Je n’insiste pas vous l’avez compris, si vous voulez accueillir chez vous ce petit colocataire que le bon Dieu nous a confié, il vous est conseillé de maîtriser l’espace gîte et couvert.

Bref veillez à bien isoler votre grenier et tenez fermé sous clé toutes vos bonnes denrées !

Au besoin installez lui dehors comme nous dortoir et mangeoire.

J’aurais encore tout plein de choses à vous narrer sur ce bandit masqué grand amateur de graines de tournesol et de miel mais l’aube point et il nous faut nous quitter. Je vous rassure ce n’est qu’un au revoir mes frères, je reviendrai dans deux, trois semaines pour le dernier écho de l’année il sera consacré comme prévu au gliridé qui nous reste à aborder : le loir !

Sachez qu’il me fut compliqué de vous écrire la bafouille de ce mois !

Essayez de taper un texte avec deux petits monstres qui vous griffouillent, vous mordouillent, vous mâchouillent, vous léchouillent et courent sur les touches de votre clavier comme les doigts de Jerry Lee Lewis sur les notes d’un piano :

la tache n’est pas aisée !

« Louve et Miss T » sont les petites victimes d’une « Cruella » des temps modernes, anthroposophique mystique ébranlée, qui pour gagner de l’argent asservissait leur mère en vendant ses portées.

Une bien pauvre chatte en vérité.

L’infâme femme déménageant dans un espace inadapté ayant cessée sa lucrative activité s’est empressée le mois dernier de déposer l’exploitée devenue inutile à la SPA de Colmar.

Les bébés invendus quand à eux ( y figurait Louve et Miss T) ont été abandonnés, largués, semés en Forêt tel les cailloux du petit poucet.

Les habitants de la Forêt, les animaux des sous bois, Cruella, te le scandent avec moi : « Houuu ! Honte à toi ».

Le mot de la fin ?

Malgré les dégâts que le lérot peut faire dans notre laine de verre, Il nous faudrait être dératiseur ou bien mal embouchés pour ne point réussir à aimer sa jolie frimousse, sa mignonne trogne.

Signé : Jojo, le zazou zorro des sous bois