Cependant que les marchands mondialistes semblent préparer nos jeunes tambours à de funestes usages, loin d’épouser ces controverses dignes de Beckett dont on nous saoule à fortes louches (« Charlie or not Charlie »), dans le sillage de tous les retirés du monde qui au tumulte de l’irritabilité urbaine préfèrent la paix des « déserts », ma plume est heureuse de te servir, cher lecteur, une petite cuillère du distillat « homéopathique » de ses dernières élucubrations,

Bonjour à tous !

Pour continuer cette année déjà bien entamée, bravons l’enneigement et mettons nous à l’affût du boulimique campagnol. Ou trouverons nous ce ravageur redouté des amateurs de potagers ?

Si tu as, cher ami qui me lit, une bâche noire pliée en quatre posée au sol près de ton carré de topinambours, bingo, dégages la, inutile de le chercher plus loin ! Tu dénicheras sous cette épaisse couverture, reliés par un tas de galeries, des greniers remplis de tubercules délicatement dépiautés ! C’est le garde manger de notre gourmand à grandes quenottes !

Oui je sais, l’on à peine à croire que c’est là l’œuvre de rongeurs tellement c’est propret : pas la moindre trace de dent, les topinambours épluchés semblent fin prêts à être cuits et consommés !

Certains de nos aïeux devant cet ouvrage en conclurent d’ailleurs que c’était l’œuvre, non de rats ou de souris, mais très certainement de petits lutins très serviables qui habitaient dans des trous les dessous de la terre ! Ah les farceurs ! J’ignore si c’est ainsi que naquirent les trolles en Alsace mais c’ est certainement par l’une de ces facéties que prirent formes les korrigans au pays des bigoudènes, du cidre et du chouchen !

Examinons attentivement les alentours de notre bunker alimentaire.

Peut être trouverons nous au travers des traces que nous révèle le gel matinal les petites empreintes griffues à cinq doigts de celle qui de Brest à Nantes ornent les écus, les drapeaux et les blasons bretons.

Voici un écrit consacré à ma cousine l’hermine, la plus blanche de tous les mustélidés en cette période de l’année.

Que l’on ai rangé longtemps parmi les puants et nuisibles celle que les romains nommaient « rat d’Arménie » montre bien l’acuité de taupe qu’ont pour la création nos grands parents, arrières petits fillots d’Adam, père de Cain, saint patron des mauvais larrons.

En matière de gestion naturelle trop nombreux sont ceux qui, en bon désamoureurs, n’ont pour vision du monde que le bout du nez de la lunette qui équipe le canon de leur fusil !

Bon, il est vrai que l’hermine européenne, contrairement à sa frangine nord américaine beaucoup plus petite, se concocte de joyeux repas mitonnés à base de lièvres et de lapins or tu sais que les accrocs de la winchester ne sont guère partageurs : ils n’aiment point que l’on touche à ce qu’ils prédestinent pour la gibecière !

Le bon Dieu, créateur perspicace, à pour sa part imaginé et conçu l’hermine à des fins très utiles.

Ce symbole de la pureté qui octroya à mes ancêtres le dicton «”Kentoc’h mervel eget bezañ saotret”, « plutôt mourir que d’être souillé ! », consomme mulots et souris, quelques petits oiseaux, accessoirement des musaraignes, taupes, invertébrés et reptiles, mais c’est dans les rangs des campagnols qu’elle puise l’essentiel de ses menus.

Règle de calcul étayant ces propos et prouvant la nécessité de préserver coûte que coûte la bestiole :

Une hermine adulte pèse en moyenne entre 200 gr et 360 gr, elle consommerait quotidiennement entre 70 et 230 gr de pâté carné soit l’équivalent de 3 à 8 campagnols par jour.

Le jardinier bio aura vite fait l’addition, la présence d’une hermine autour du potager représentera 1000 à 3000 rongeurs en moins par an !

Question : Comment inviter une hermine à venir camper près des carottes et panais ?

Règle de trois : Laisses faire la nature, bannis produits chimiques/raticides, plantes des haies !

Tous les milieux ou presque conviennent à notre amie pourvu que ce soit froid ou tempéré. Ne l’envoies pas se faire voir chez les grecs, elle ne s’y plairait pas : le régime crétois ne lui sied point ! Elle évitera les zones de cultures dépourvues de haies et les forêts denses mais appréciera champs, pierriers, prairies, lisières forestières, corridors écologiques, fossés, friches broussailleuses, vergers, parcs boisés et comme le muscardin, la proximité des ruisseaux ou d’un étang.

Contrairement au blaireau ou au loup qui vivent en clan, l’hermine est une solitaire qui n’aime pas la collocation et se complaît, seule, sur de larges espaces. Elle est représentatives des jeunes couples modernes qui vivent éloignés des luminaires évangéliques et devrait plaire aux inadaptés de la cellule familiale originelle : en dehors des devoirs conjugaux, c’est chacun chez soi !

Les mâles beaucoup plus gros que les femelles ont un territoire plus grand.

Madame n’a qu’une portée par an avec un taux de mortalité très fort.

Les effectifs seraient plutôt en baisse, l’on compte de 1 à 10 individus pour 100 hectares selon les ressources disponibles et l’état des biotopes.

Les territoires des individus du même sexe ne se chevauchent pas et les individus de sexes différents ont tendance à s’éviter mutuellement dans les zones de chevauchement : cher ami jardinier, si tu as engrillagé tes laitues et petits pois sur l’une de ces zones ne t’étonne point de voir chez toi les campagnols danser la carmagnole ! Une hermine sur cet espace si l’on suit ce qui est écrit sous entendrait « campagne de rut ! », période où l’animal a d’autres préoccupations, crois moi, que les simples plaisirs de l’estomac !!!

C’est toujours très rigolo de voir l’hermine en pleine action (de chasse j’entends !). Ça se faufile avec vivacité le long des sentiers, des fossés, des murets, des buissons. Chaque trou est inspecté et entre deux cavités, en position de lemming, droite comme un i, l’hermine inspecte à vue ! Si elle te vois et que tu ne te meus point, comme elle est curieuse et si tu es d’un naturel chanceux, elle s’approchera au plus près, venant, disparaissant, en poussant parfois des petits cris stridents intrigués…

L’hermine femelle peut, telle une belette, poursuivre ses proies sous terre. (Le mâle est trop gros !) Hors période de disette, lorsque l’hermine tombe sur tout un nid, elle pourra avoir tendance à s’emballer et à zigouiller tout ce qui bouge ce qui lui valu dans nos campagnes une triste réputation de monstre sanguinaire.

L’hermine fut longtemps considérée comme une buveuse de sang : la Dracula des poulaillers et clapiers !

Parlons métabolisme : le rythme cardiaque au repos de l’hermine est de 6 battements seconde et son rythme respiratoire atteint 100 ventilations par minute. Lorsqu’elle se retrouve par mégarde de la part de l’éleveur dans un cheptel de poules, les cris de paniques et la débandade générale lui cause une vive excitation. Lorsqu’elle s’excite, elle s’emballe, lorsqu’elle s’emballe, elle « crise », lorsqu’elle crise, madame pète les plombs : c’est le carnage !

En chaque hermine, mes agneaux, sommeille un Hannibal Lecter !

Au meyersbuhl nous avons appris à nos dépends qu’il est quasi impossible de lui porter secours. Le stress est tel qu’elle enchaîne incident cardiaque sur incident cardiaque et fini par vous claquer entre les doigts sans que vous puissiez rien n’y faire.

Intervenir auprès d’un adulte sans anesthésiant est peine perdue.

Le transfert vers un centre de soins semble tout aussi fatal.

Longévité et prédation :

Bien que les doyennes soufflent parfois leur 7 bougies, l’espérance de vie chez l’hermine n’est que d’un an et demie. L’hermine est prédatée par le hibou grand duc, les renards, les campagnes de dératisation et bien évidemment la chasse !

De quelle couleur est la peau tant convoitée ? L’hermine, on le sait, n’est pas blanche toute l’année.

Elle connaît deux périodes de mue. De mars à juin elle perd son pelage d’hiver et passe du blanc au brun. De septembre à Octobre, elle vire du brun au blanc. La mue du printemps débute par la tête et se termine par le ventre, inversement pour la mue d’automne, ça débute par le ventre et ça s’achève par la tête. A noter que toutes les hermines ne deviennent pas toutes blanches en hiver ! Selon la géolocalisation, l’altitude, le climat, certaines hermines restent brunes, d’autres prennent une robe fauve tacheté… En règle générale, plus on irait au sud, plus ce serait brun, plus on irait au nord, plus ce serait blanc ! La mue peut se faire en deux à trois jours !

L’ hermine ornait autrefois les robes des rois et des religieux. Elle bordure encore parfois celle des juges, des avocats, des magistrats chaleureusement orientés vers du poil plus synthétique. Les romains ont défilés interpellant leur pape pour que sur sa cape elle soit supprimée…

Cette fourrure aujourd’hui est essentiellement destinée aujourd’hui au marché de la mode et du luxe. Un marché qui ne connaît pas la crise si l’on en croit les déclarations d’ Herman Jansen, ex-exportateur canadien de fourrures de la baie d’Hudson.

Combien de cadavres d’animaux faut il pour réaliser un manteau de star capricieuse ?

Renards polaires : 15 à 24
Renards roux : près de 20
Ratons laveurs : 27 à 30
Loups : 3 à 10
Lynx : 12 à 15
Agneaux : plus de 30
Coyotes : une quinzaine
Loutres : 20 à 30
Opossum : près de 50
Visons : 30 à 80
Hermines : 150 à 240 !

Devant l’abondance et la richesse des tissus qui nous entourent ce commerce là ne devrait plus exister.

L’on ne chasse pas en France l’hermine pour sa peau. En France l’on chasse pour le plaisir. En France, la chasse est le sport le plus pratiqué après le football ! La France est le pays européens qui compte le plus de chasseurs ! Cocorico ! Cela nous fait 2 chasseurs au kilomètre carré !

Les évangiles chantent : « je vous donnerai un cœur de chair ! ». Pour pouvoir chasser, il faut justement se revêtir d’un cœur de pierre. Le chasseur en vérité ne serait il pas finalement, cher frère, chère sœur, un mutilé de l’amour ? Un « désamoureur » volontaire ? Les animaux de la forêt et des sous bois, eux en sont persuadés : chasser n’est pas réguler, chasser c’est tuer.

L’homme vaut mieux que cela.

Pour finir une info hors propos « tout sourire ».

En étalant devant moi plusieurs calendriers, j’ai constaté plusieurs dates pour la pleine lune de ce mois et cela vous aura très certainement échappé ! La plupart citaient mardi dernier, quelques uns mercredi. Le calendrier de la communauté des communes de la vallée de Munster frisait le décalage interstellaire : « La pleine lune ? C’était jeudi !!! ».

Je vous en serre cinq ! Fait à Sondernach le dimanche 08 février 2015

votre courtaud potto black and white,